106 Mon sabot de Noël I / Sabotul meu de Crăciun I (Émile Nelligan) – Cornéliu Tocan © (35)

Émile Nelligan

par le truchement de Cornéliu Tocan © (35)

106
Mon sabot de Noël I
 
Jésus descend, marmots, chez vous,
Les mains pleines de gais joujoux.
 
Mettez tous, en cette journée,
Un bas neuf dans la cheminée.
 
Et soyez bons, ne pleurez pas...
Chut! voici que viennent ses pas.
 
Il a poussé la grande porte,
Il entre avec ce qu’Il apporte...
 
Soyez heureux, ô chérubins!
Chefs de Corrège ou de Rubens...
 

Et dormez bien parmi vos langes,
Ou vous ferez mourir les anges.
 
Dormez, jusqu’aux gais carillons
Sonnant l’heure des réveillons.
Émile Nelligan

în tălmăcirea lui Cornéliu Tocan © (35)

106
Sabotul meu de Crăciun I
 
Iisus coboară la voi, copilașilor,
Cu mâinile pline de jucării vesele.
 
Puneți cu toții, în această zi,
Un ciorap nou la șemineu.
 
Și fiți buni, nu plângeți...
Sst! uite că vin pașii lui.
 
A împins ușa cea mare,
Și intră cu ceea ce aduce...
 
Fiți fericiți, oh, heruvimi!
Capete ale lui Correggio sau Rubens...
(căpușoare de copii pictate de)
 
Și dormiți bine în scutecele voastre,
Sau veți face îngerii să moară.
 
Dormiți, până când carilonurile vesele
Sună ora revelionului.

Traducere în vers alb, aspirând la fidelitatea față de original, pentru uzul traducătorilor.

Traduction en vers blancs, aspirant à la fidélité par rapport à l’original, à l’usage des traducteurs.

Le titre, "Sabot de Noel", pourrait être traduit en roumain par „Ciorapul / ciorăpelul meu de Crăciun”, „Gheata / ghetuța mea de Crăciun” sau „Șoseta / șosetuța mea de Crăciun”. Même en français, il y a plusieurs alternatives:

chaussette de Noël n. f.
sabot de Noël n. m.
soulier de Noël n. m.
chausson de Noël n. m.
botte de Noël n. f.

Mais Nelligan a choisi la variante avec le sabot. « Le Petit Journal. Supplément du dimanche », paru en 1911, donc à seulement 12-13 ans après l'écriture du poème, raconte la légende de cette tradition, datant du XIIe siècle. Les petits sabots (en bois) étaient accrochés dans l'âtre de la cheminée (il y avait un crochet métallique dedans, soutenant le chaudron) pour les sécher d’humidité. L'action se passe dans un pays imaginaire du Nord et les sabots représentaient la coutume de cette contrée-là, du XIIe siècle ou antérieurement.

"Autrefois les enfants suspendaient un de leurs bas de laine à la cheminée ou au pied de leur lit dans l'espoir que l'Enfant Jésus, Saint-Nicolas ou le père Noël y dépose des présents. En France, ce n'est pas un bas, ni une chaussette, mais plutôt un sabot ou un soulier que les enfants plaçaient près du lit ou de la cheminée."

https://www.oqlf.gouv.qc.ca/ressources/bibliotheque/dictionnaires/terminologie_noel/bas_noel.html

Dans le poème, on fait référence au bas de Noel, tandis que dans le titre on évoque le sabot (pas le soulier, le chausson ou la botte). Le sabot était populaire au Québec en 1870 et même au début du XXe siècle. Il a été remplacé par les bottes en caoutchouc et vers 1926 était déjà une rareté ou un souvenir de jeunesse.

https://id.erudit.org/iderudit/7492a

Peu importe si le sabot était connu ou utilisé en Roumanie et peu importe à quelle époque. L'intention de la traduction n'est pas d'immerger le lecteur roumanophone dans une atmosphère de Noël selon la tradition et les coutumes roumaines; bien au contraire, on veut fait vivre à ce lecteur un Noël québécois. La traduction du titre en roumain ne devrait pas chercher des équivalents dans la coutume roumaine. Cette situation est d'autant plus évidente si l'on traduit le poème dans une langue appartenant à une culture qui ne fête pas le Noël, donc sans aucune tradition à cet effet. Ce serait donc une erreur de contourner le mot roumain "sabot", qui signifie la même chose que le mot français.

Publicat în Ponts culturels Québec-Roumanie

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